La naissance d'un roman

 

La naissance d’un roman

 

Très souvent, des lecteurs me demandent ce qui a motivé l’écriture de tel ou tel livre, à cette question, je suis toujours mal à l'aise pour répondre.

Mes premiers écrits relevés plus du désir de me prouver que j’étais capable de noircir des dizaines de pages que d’attirer l’attention du lecteur. L’idée de devenir écrivain ne m’avait pas même effleuré l’esprit. Au cours de mes deux premiers essais, tel un lycéen qui accomplit le devoir que lui a assigné son professeur de français, je décrivais mes souvenirs d’adolescence. Un exercice qui n’exigeait aucune imagination, mais qui pour moi relevait de l’exploit, car mes plus longues dissertations n’avaient jamais excédé les quatre pages. La mémoire était encore présente, mais il était temps de m’en préoccuper, car j’entrais dans cette période de la vie où le cerveau commence à éprouver des difficultés.

Tout surpris d’être parvenu à remplir ma tâche et encouragé par les commentaires bienveillants de mon entourage, je me suis attaqué aux romans. Je choisis pour débuter un sujet à ma portée, l’histoire de mon arrière-grand-père. Si le tome 1 est inspiré de faits réels avec lesquels j’avais pris beaucoup de liberté, les deux suivants relèvent de l’imaginaire. J’avais désormais la preuve que j’étais capable d’inventer des récits susceptibles d’intéresser les lecteurs. Je me lançais sans complexe dans le genre policier. Les débuts étaient prometteurs et d’autres que moi auraient profité de cette aubaine pour perdurer dans ce domaine. Mais je cherchais ma voie, et finalement, plutôt que de me complaire dans la facilité qui aurait consisté à démultiplier les aventures du commissaire Duval, je me jetai tête baissée dans le drame avec « Les derniers jours de Pierre Giboux ». J’avais choisi ce personnage parce qu’il était aux antipodes de ma personne et je ne voulais surtout plus entendre que mes écrits étaient autobiographiques. Je décidai de me laisser guider par mon imagination et advienne que pourra. Un autre souci me tourmentait, le style n’était pas à la hauteur de mes ambitions et l’orthographe n’était pas mon fort. Ne deviens pas écrivain, qui veut ! Surtout lorsque l’élève que j’étais ne brillait pas dans les matières littéraires. Le style et l’orthographe, deux points sur lesquels je devais porter mon attention. Je fus le premier étonné de l’intérêt que les lecteurs portèrent à ce livre et cela me confirma que mon choix était bon. Je décidai d’écrire des histoires dans lesquelles les héros sont des messieurs tout le monde qui se confrontent aux dangers de la société.

Je veille à ce que chaque roman ne ressemble pas aux autres. J’essaye de mettre en jeu les personnages dans des situations et des professions différentes, mais je suis obligé de reconnaître que tous sont marqués de mon empreinte. Je décris des personnages, des familles qui aspirent à se hisser dans la société. Il y a cette envie de réussite. Tour à tour, le lecteur découvre cet enfant de gitan qui devient patron, ce fils de militant communiste qui arrive aux portes du pouvoir, cet informaticien qui monte sa société. Souvent, le héros figure parmi les bons élèves, ce qui n’était pas mon cas, mais j’aurais aimé l’être pour faire plaisir à mon père. La vie, que je décris n’est pas un long fleuve tranquille. Les nantis voient parfois leur bonheur se fracasser contre le mur de la jalousie, comme chez ce couple sympathique, où le mari, fils de bourgeois, qui se croyait bien à l’abri derrière sa fortune et sa profession, découvre avec stupeur que sa vie est en train de basculer. Dans « une vie à faire semblant », je m’attaque au terrorisme et à ces effets secondaires.

Pour tous ces ouvrages, l’idée de départ m’est venue sans que je puisse me souvenir du fil conducteur qui m’a guidé. Par contre, pour mon prochain roman, je peux vous expliquer le fil conducteur.

Il y a peu, je suis venu rendre visite à la responsable du rayon livre d’une librairie de Royan. Nous discutions de sujets relatifs à la vente des ouvrages quant au détour de la conversation, je lui fis part de la mise en vente prochaine de mon dernier roman : « Une vie à faire semblant ». Mon interlocutrice me demande si l’histoire se déroule dans la région, je dois admettre que ce n’est pas le cas. Elle me répond : c’est dommage et les ventes seraient meilleures si vos héros étaient de la région, ou mieux encore si l’action se déroulait à Royan. Je n’étais pas surpris, j’avais déjà compris que nombre de lecteurs recherchaient tout particulièrement les récits locaux. Les résidents prennent plaisir en lisant que leur région soit à l’honneur et les touristes sont heureux d’emporter avec eux un souvenir, une manière de prolonger leurs vacances. Je sortis de la boutique avec une idée en tête, mon prochain livre fera la part belle à Royan. Maintenant que le lieu était fixé, il ne restait plus qu’à définir la trame du roman. Ce qui n’était pas le plus facile.

 Malgré la saison, le temps était beau et propice à la marche. Avec ma femme, nous nous sommes promenés sur la jetée qui longe la mer jusqu’à Saint Georges de Didone. J’avais déjà effectué plusieurs fois cette balade, et chaque fois je restais admiratif devant les magnifiques villas qui avaient échappé aux bombardements américains du 5 janvier 1945. Le déclic se fit naturellement. Si je devais écrire un roman dont l’action se déroulait à Royan ce serait en rapport avec le bombardement de 1945. La fiction prenait le pas sur l’histoire et mon personnage central serait allemand. Ainsi débutait l’étonnante histoire de la famille Schmitt.

 

 

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Angoulins

 

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Date de dernière mise à jour : 10/04/2018